Smallville Magazine n°4 - Avril 2005
Il faut être un sacré dur pour élever seul une jeune femme aussi énergique que Lois Lane. Heureusement, Michael Ironside est tout disposé à la soumettre à une discipline aussi sévère que salutaire dans le rôle du général Sam Lane...
Son visage caractéristique est apparu dans de nombreux films et séries depuis Scanners, V et Top Gun jusqu'à Starship Troopers et Le Dernier Chapitre. Michael Ironside, acteur canadien hautement respecté, fait aujourd'hui un petit tour par la ville de Clark Kent dans le rôle du père de Lois Lane, le général Sam Lane. Nous avons eu la chance de la rencontrer dans sa demeure de Los Angeles, où il nous a déclaré avoir été très impressionné par Smallville.
Dans quelles circonstances avez-vous rejoint la série ?
Un des producteurs m'a raconté qu'ils revenaient d'un tournage en
extérieurs et qu'ils se creusaient la tête pour trouver à qui
confier le rôle du père de Lois Lane, le général Sam Lane,
quand une voix venant de l'arrière du van a dit :"Michael Ironside !"
Tout le monde se serait alors écrié :"Mais bien sûr, c'est
génial !" Il ne sait pas trop à qui appartenait cette voix mais
l'idée lui paraissait parfaite, et ils en ont donc discuté et m'ont
appelé. J'étais justement disponible et Vancouver est une de mes villes
préférées. J'y ai beaucoup d'amis... ainsi que certains de mes
parcours de golf favoris ! J'aime beaucoup me promener par là-bas. En fait je
n'avais jamais vu Smallville . J'ai fait quelques recherches comme toujours
dans ce genre de cas, et j'ai appris par divers amis et connaissances de Vancouver,
ainsi que par des membres de l'équipe, que c'était une série de
qualité. Les gens y étaient respectés et tout avait l'air de bien
se passer, alors j'ai signé.
Quelle est la nature de votre engagement professionnel avec
Smallville ?
Il n'y a rien de définitif. Je n'ai pas très envie d'être lié
à quoi que ce soit. J'ai une petite fille d'un peu plus de cinq ans et demi dont
je n'aime pas être séparé ni perturber le style de vie pendant trop
longtemps. J'ai pris garde à rester le plus près possible de Los Angeles
ces quelques dernières années. Et si j'accepte un travail qui
m'éloigne pendant un moment, je la fais venir avec sa mère et le reste
de ma famille. C'est vraiment trop important. Après tout, je suis à
l'automne de ma vie [rires]... Cela fait trente ans que je pratique ce métier
et, pour les dix ans à venir, je peux encore interpréter une gamme assez
large de personnages : je peux jouer des gens d'un peu plus de quarante ans et
menaçants physiquement, jusqu'à des personnages âgés d'une
soixantaine d'années. Mais bientôt je serais obligé de jouer des
gens de 50 ans ou plus. Alors d'ici là, je trouve la vie trop courte pour se
retrouver coincé dans des situations sans issue et esthétiquement
inintéressantes. Et franchement, l'argent n'est pas toujours le plus important.
Je me sens très bien chez moi avec ma fille, à écrire ou à
pratiquer d'autres activités du même genre. Aujourd'hui, il faut vraiment
quelque chose d'agréable, de sûr et d'adapté pour me faire
accepter de me séparer de ma famille.
Qu'avez-vous pensé du plateau ?
J'avais demandé à beaucoup d'acteurs et de techniciens canadiens à
quoi ressemblait le plateau de Smallville et on m'a toujours répondu la
même chose : l'équipe est agréable, on y travaille un nombre d'heures
raisonnable, et tout le monde est fier d'être associé à la
série. Personne parmi les acteurs ne se croit sorti de la cuisse de Jupiter... Et
puis il y a Annette O'Toole ! La présence d'Annette était pour moi un
signe positif parce que nous sommes très souvent du même avis elle et moi.
Elle ne participe jamais à un projet qui ne présente pas les gages
nécessaires. Mais dans ce cas précis, je n'ai pas été
déçu. Tom Welling est merveilleux. Il est presque douloureux à
regarder : on a pratiquement l'impression que, quand on pose les yeux sur lui, il
écoute si attentivement qu'il serait immoral de ne pas prendre la discussion au
sérieux ! Il dégage une impression de clarté et, vraiment, il
écoute. Il a quelque chose de très intense : ce n'est peut être que
son maquillage... Mais il est vraiment attentif à ce qu'on lui dit. Dans les
conversations il absorbe littéralement les paroles de son interlocuteur et je
trouve cela extrêmement positif. C'est quelqu'un de très intelligent. Je
me suis rendu compte que je devais faire attention à ce que je lui disais parce
que, même s'il me pose une question apparemment anodine, il a toujours une
véritable réaction en entendant ma réponse. Il se met à
réfléchir profondément et je me dis intérieurement :
"Mon dieu, ce n'était pas une simple question en passant ! Je dois faire
attention..."
J'avais en outre grandement conscience de ma responsabilité en tant que
représentant d'une autre génération. J'ai côtoyé
beaucoup de jeunes acteurs au fil des ans et les ai vus poursuivre leur chemin, que
ce soit sur Top Gun , Starship Troopers ou cette série. Et
Tom appartient à la génération que nous retrouverons durant la
prochaine décennie. Il m'a beaucoup impressionné, et pas seulement par
son professionnalisme. Après tout, beaucoup de gens peuvent dissimuler leur
manque de talent derrière leur professionnalisme. Mais ce n'est pas son cas.
Cela peut paraître prétentieux, mais c'est un peu comme le monde du cirque,
pour moi. Il y a les gens qui veulent en faire partie mais qui ne s'intéressent
absolument pas aux performances ou aux usages en vigueur. Ceux-là, ils ne durent
pas très longtemps... Mais Tom veut faire partie de ce monde. Il respecte sa
lignée et son histoire. On dirait presque qu'il a trouvé sa tribu, celle
où il se sent bien et en sécurité. Et puis cette série lui
permet aussi de découvrir son identité d'acteur. Je pense qu'on n'est
pas près de le voir disparaître. D'après moi, il est promis à
un bel avenir.
Par contre, je n'ai pas rencontré les filles. J'ai bien sûr travaillé
avec Erica, qui incarne Lois, la fille de mon personnage. Elle est en train de
s'intégrer au reste des comédiens et de se faire sa place. Je la trouve
très douée mais elle ne s'est pas encore complètement appropriée
son personnage. Elle en discute toujours avec les producteurs, les metteurs en scène
et les scénaristes, elle s'efforce de mettre le doigt dessus, mais tout le monde
aimerait en gros qu'elle se jette à l'eau et qu'elle le fasse vraiment sien :
qu'elle le possède, puis qu'elle lui donne forme. Elle n'y était pas encore
parvenue quand je l'ai vu dans son second épisode. Mais je l'ai observée au
travail et j'ai été stupéfait par son talent : trois prises
différentes, et trois performances brillantes. J'ai hâte qu'elle trouve
pleinement ses marques.
Erica est un personne très attirante, très saine, et qui dégage une
merveilleuse impression de jeunesse. En fait, elle ressemble à ma fille
aînée... C'est sûrement pour ça qu'elle me paraît
familière, c'est génétique ! Je me sens très à
l'aise avec elle dans le rôle du père qui pose des interdits...
Et d'après ce qu'on voit de Sam Lane dans les quatre premiers
épisodes, il est effectivement assez strict avec elle...
Je pense qu'il est un peu là pour brouiller les pistes ! Je n'y ai à
vrai dire pas trop réfléchi parce que je connais l'histoire de Lois Lane
(j'ai lu les bandes dessinées de Superman quand j'étais gamin) et que je
sais qui est Sam Lane et ce qui lui arrive.
Reste quand même à voir si les choses se dérouleront de la
même manière...
C'est vrai, mais ça leur laisse une porte de sortie. L'important, c'est la qualité
du récit. Ce n'est pas étonnant que Superman ait duré aussi longtemps :
la genèse de cette histoire a quelque chose qui affecte les gens très
profondément. Et l'ignorer, s'en éloigner ou la séparer de tout aspect
esthétique serait une erreur. Le Sam Lane de maintenant fais un peu diversion :
étant donné le climat politique actuel du monde, l'univers militaire peut
être une arme à double tranchant. Je suis sûr qu'ils veulent faire de
lui un personnage potentiellement négatif et peu enrichissant pour son entourage,
auquel on ne fait pas confiance et qui met les gens mal à l'aise. L'alignement avec
la famille Luthor et le mélange de grands intérêts commerciaux, de jeu
politique et du gouvernement est tout à fait possible et me semble intéressant.
Je suis persuadé que, d'un point de vue moral et éthique, Sam Lane n'hésiterait
pas une seconde à donner sa vie pour sauver celle de sa fille. Car tout au fond de lui c'est
avant tout un père.
J'avais espéré pouvoir donner un petit côté [Général George S.]
Patton au personnage mais il se prête mal à cette espèce d'égocentrisme, à
ce besoin désespéré d'entrer dans l'Histoire, d'être considéré
comme un être hors du commun. En définitive, les gens qui en sont victimes sont aveuglés
par un destin qui finit par ronger leur utilité à une plus vaste échelle. Quand ils
parviennent à leurs fins, c'est formidable, ils ont le sentiment d'être à leur place...
C'est quelque chose que j'aurais pu faire, mais cela ne convenait pas à la série.
Et que pensez-vous aujourd'hui de Smallville , puisque vous faites désormais
partie de la famille ?
Je ne connaissais pas le feuilleton et j'ai été très impressionné
par l'éclairage, le travail de la caméra et le souci du détail, que
l'on ne trouve généralement pas à la télévision. La
journée baigne dans une chaude lueur dorée, avec la famille au centre,
alors que la nuit a quelque chose de mystérieux, de gothique. Smallville
est un lieu un peu menaçant et effrayant, la nuit. Ils ont joué sur le
côté enfantin du "Raconte-moi une histoire..." C'est très
malin... Je ne pense pas que cette idée découle de considérations
financières du genre : "Comment faire une série efficace et intelligente
pour le moins d'argent possible ?" Cela compte aussi, bien sûr, mais ce n'est
pas le but premier. La question serait plutôt : "Comment conserver cette ambiance,
cette richesse et cette qualité tout en faisant toujours preuve du même respect
envers l'histoire et le public ?" Et c'est génial. Il est absolument formidable
de travailler sur une série de ce genre. On sent que ça va marcher. C'est
comme quand j'étais sur le plateau d' Urgences durant sa première
année. On a vraiment envie d'aller travailler et de faire de son mieux pour réaliser
une série de qualité. Et sur Smallville , ils s'efforcent chaque semaine
de créer un environnement de travail agréable et sûr. Quand quelqu'un
semble avoir une baisse de régime, il n'y a personne pour dire : "Allez, du
nerf !" mais plutôt : "Est-ce que tout va bien ?" On se fait du souci
pour cette personne, un peu comme dans une tribu... On ne peut pas s'amuser si les autres ne
s'amusent pas. Alors on se soutient mutuellement. Sur cette série, les gens ont
vraiment le sens du groupe.
Quels sont vos autres travaux du moment ?
Je travaille sur une coproduction anglaise, canadienne et islandaise, un film
intitulé Guy X . C'est un excellent script tiré du livre
Nobody Ever Thinks of Greenland , qui parle des vétérans
du Vietnam portés disparus dans un entrepôt au Groenland sous une
fausse base de l'Air Force, avec tout un tas de gens à problèmes...
Ensuite, je vais peut-être faire un film d'horreur que j'avais suggéré
à quelqu'un il y a environ quatre ans et pour lequel ils ont enfin un script.
Je déteste les clowns : ils m'ont toujours fichu les jetons. J'avais lu il y a
des années la phrase : "Il n'y a rien de plus effrayant qu'un clown
après la tombée de la nuit." Et ce film parle d'un clown qui est en
réalité l'incarnation de Lucifer et qui tue les gens pour s'emparer de
leur âme. Ce serait pas mal, puisque je jouerais le clown ! Mais je ne m'engagerai
pas avant d'avoir lu le script.
En fait je n'ai pas de projet de grande envergure pour le moment. Mais allez voir
The Machinist quand ça sortira : Christian [Bale] y est merveilleux,
tout comme Jennifer [Jason Leigh]. C'est un bon film, très gothique. J'ai
participé au projet parce que l'auteur est un de mes amis et que je suis un
fan du metteur en scène. C'est d'ailleurs la première fois que je vois
le script d'un film remis au réalisateur et porté à l'écran
avec aussi peu d'interventions du producteur... L'histoire traite de la question de
l'obsession. Le personnage de Christian est obsédé par un sentiment de
mortifiante culpabilité qui le dévore littéralement. Il a perdu
près de 25 kilos pour faire ce film : c'est un véritable squelette
ambulant. On dirait un rescapé d'Auschwitz. Ce que j'aime dans cette histoire,
c'est l'abondance de métaphores. Dans la vie, on fait ce qui est juste... ou pas.
Smallville Magazine n°4 - Avril 2005 - Tous droits réservés pour tous les pays.
Retranscription : thomasc40 pour Smallville Site Web (www.smallvillesiteweb.com)
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